COMITE DE SOUTIEN DES « MILLE DE CACHAN »

Les événements qui viennent de se dérouler à Cachan ces 17 et 18 août 2006:  l'expulsion par la force des occupants du Bt F de la résidence universitaire de Cachan portent gravement atteinte à la dignité de ces personnes.

Depuis maintenant deux ans, le devenir des personnes qui vivaient en ce lieu a fait l'objet de plusieurs tentatives de solution, toutes sous-tendues par le constat que le recours à la force ne pouvait en aucun cas être une solution digne, et que par contre la volonté de négocier devait pouvoir aboutir à des propositions  satisfaisantes pour les deux parties.

A maintes reprises les résidents ont fait preuve de bonne volonté en acceptant par exemple les hébergements en hôtel proposés au moment de la première tentative sérieuse de résoudre le problème mise en oeuvre fin 2005.

Suite à cette expérience, qui s'est révélée être un échec, les résidents ont expliqué au préfet que ces hébergements en hôtel, même provisoires, n'étaient pas adaptés à leur situation, compte tenu de l'impossibilité matérielle de vivre avec des enfants dans ces lieux inadaptés, éloignés de tous commerces et des lieux de travail des résidents.

De même les résidents ont aussi, à maintes reprises, affirmé que si les personnes en situation irrégulière étaient mises en possession d'une autorisation de séjour, même provisoire, ils accepteraient de quitter le bâtiment.

Les résidents ont aussi démontré au long de ces deux années leur capacité à prendre en charge leur conditions d'existence et faire du BtF un lieu de vie aussi digne que possible en faisant un certain nombre d'aménagements comme la remise en état des sanitaires, du réseau d'assainissement, et la consolidation de l'installation électrique.

Force est de constater que la volonté de négocier une sortie honorable du BtF affichée par les résidents et les associations qui les soutiennent,  n'était pas partagée.

En effet, ce 17 août, tous ces efforts ont été balayés au prétexte de l'insalubrité des lieux, mais en fait pour satisfaire aux orientations répressives qui font de la reconduite à la frontière des personnes en situation irrégulière  l'alpha et l'oméga de la politique du Ministre de l'Intérieur.

Pour aboutir à quoi ?

A la mise en centre de rétention d'une cinquantaine de personnes, et à jeter à la rue plus d'une centaine d'autres, notamment des familles et de nombreux enfants.

 Ces familles ont rejeté les propositions d'hébergement provisoire dans des hôtels pour les raisons déjà évoquées, mais aussi parce-que les autorités ont refusé de s'engager à reloger rapidement les ayant droit, et limité à un temps très court l'hébergement des familles en situation irrégulière.

L'ensemble de ces familles, avec une soixantaine d'enfants en bas âge et leur maigres bagages, ont alors été abandonnées à leur sort sur le trottoir, réduites à organiser sur place un campement de fortune pour la nuit.

A cette première indignité, une seconde s'est ajoutée quand dans la soirée du 18, une violente charge de CRS et de gendarmes mobiles sur des mères de famille avec leurs enfants dans les bras, a voulu détruire les pauvres dispositions prises pour assurer une deuxième nuit de survie.

Cette action policière, qui a fait au moins quatre blessés qui ont nécessité une prise en charge médicale, était irresponsable et conduite sans discernement quant à ses conséquences possibles compte tenu de la présence d'enfants, et de surcroît totalement inutile.

Devant ce fiasco, la préfecture, en désespoir de cause, a sollicité la ville de Cachan pour la mise à disposition d'un gymnase municipal.

Jean FROUIN délégué régional de la LDH