PORTRAITS des GREVISTES de la FAIM de CACHAN

 

 

Dossier réalisé par  Sékou DIABATÉ , Président de Initiatives et Actions Citoyennes pour la Démocratie et le Développement avec l'accord des grévistes de la faim.

Portrait n°1 : Seydou TOGOLA, porte parole des grévistes

Jusqu'à la fameuse journée du 17 août 2006, Seydou TOGOLA travaillait. Mais pour faire « face à cette situation de harcèlement sans fin, de ce jeu de cache-cache continu fait d'humiliations parce qu'étant sans-papier » , il a arrêté pour trouver une solution définitive à ce problème par la réflexion et l'action collectives. A la question quelle est ta nationalité, sa réponse a fusé :  « Je suis né dans ce pays où les producteurs et l'Etat n'ont aucune prise sur le cours du coton avant, pendant et après sa production…» Cet ancien travailleur à la Compagnie Malienne pour le Développement du Textile (CMDT) sait de quoi il parle, lui qui a assisté de prés ou de loin avec d'autres collègues les vagues de licenciements, de départs volontaires, de démissions et autres tumultes qui ont secoué la vie de la Compagnie ces dernières années, non seulement au Mali mais aussi dans toute la sous région africaine, amenant les entreprises à mettre souvent la clef sous le paillasson, faute de moyens face à des produits de la concurrence sauvage de produits moins chers d'ailleurs, malgré l'ingéniosité et le savoir-faire du personnel local. Pour changer de vie, participer activement à la solidarité familiale et réaliser ses propres projets, il se retrouve chez un ami avant de gagner le bâtiment F «  du plus grand squat de France ». « Cette grève de la faim est pour moi à la fois un engagement personnel, collectif et général. Il me faut des papiers et je suis conscient que cela n'est et ne sera possible que dans une action collective organisée et diversifiée. Sans préjuger de l'issue de notre action, une chose est claire : il y a eu  un « avant gymnase ». Il y aura un « après gymnase ». Que Monsieur SARKOZY ou ceux qui pensent et agissent comme lui expulsent autant qu'ils le voudront mais une chose est sûre : ils ne pourront pas arrêter la mer avec leur bras tant que les rapports entre les pays riches en général et la France en particulier ne tiendront pas compte de nos intérêts, tant que les rapports inégalitaires et de domination qui ont prévalu continueront… »

Portrait n° 2 : O.R.

Pour des raisons qui lui sont propres et que nous respectons, O.R. n'a pas souhaité que son identité soit affichée. Toutefois, il a indiqué que son histoire avec sa femme est utile à conter. Voila un monsieur qui, résidait chez un ami mais s'est retrouvé grâce à ses compétences en robinetterie et en électricité au cœur du bâtiment F tant le Collectif ne pouvait plus se passer de ses services dans le site dont le délabrement s'accélérait. .. Ne pouvant pas se marier dans son propre pays du fait de pesanteurs sociales avec celle qu'il aime, ne pouvant pas se marier dans le pays de sa femme qui est sous le coup d'une convulsion politique inachevée mais au racisme et aux secousses avérés, ce couple à la vie ballottée a convenu de se retrouver en France, « pays des Droits de l'Homme et des amoureux » pour braver les interdits insensés qui les frappaient de délit d'amour. Derrière ce plombier vivant de petits boulots se cache un pharmacien et un informaticien de première main qui n'attend que des papiers pour mener une vie normale avec son inséparable  femme, elle aussi Ingénieure en Mécanique industrielle et titulaire d'une Licence en Comptabilité et Audits de Sociétés…

Portrait n° 3 : Sékou DAFFE

Sékou Daffé était un commerçant dont les affaires marchaient bien. Malheureusement, à trois reprises, son échoppe d'alimentation sera la cible d'incendies aux origines inconnues. Las de cet acharnement du sort, il se retrouve en France entre les acharnements de lois à la fois cyniques et iniques, si ce n'est entre les mains au moins d'un marchand de sommeil, menteur, arnaqueur et voleur. Aujourd'hui, n'eut été cette grève de la faim qu'il assure aussi avec beaucoup de sagesse, il serait peut-être entrain de nettoyer des vitres, de laver des carreaux ou de mener d'autres activités du monde des BTP. Dernièrement, avant son expulsion « du plus grand squat de France », son cœur balançait pour savoir s'il devait porter plainte ou pas contre un ancien patron véreux et félon comme ça fait légion de nos jours (depuis les lois SARKOZY) qui, après l'avoir employé pendant un mois et 15 jours, refuse toujours de le payer sous prétexte qu'il n'a pas de papiers ! « Le  Collectif des 1000 m'a réveillé et la faim de ces derniers temps m'a rendu conscient d'une force que je n'avais pas soupçonné en moi . Aujourd'hui, je suis convaincu qu'on pourra aller très loin, en plus de la solidarité plus loin que je ne l'avais imaginé et je souhaite que cette lutte soit un temps qui compte dans la dignité de nous autres immigrés qui vivons en France ». Remonté contre le Consulat du Mali qui « nous a trahi pour nous avoir approché, donné des assurances pour parer à d'éventuelles expulsions sans qu'on ait rien demandé, qui en a profité pour avoir  nos coordonnées pour que les nôtres se fassent expulse… Qquelle honte ! ». Cela dit, il ne demande comme tout le monde qu'une chose : avoir ses papiers à travers le Collectif pour continuer à vivre honnêtement et normalement comme tout bon citoyen avec sa femme et son enfant d'un an et huit mois..

Portrait n° 4 : Salim Z.

Salim n'a en vérité jamais demandé de papiers. En effet, aux dires de son entourage et selon ses propres constats, il ne voulait pas participer à une loterie administrative pour voir son dossier rejeté même si des éléments sérieux et probants l'accompagnent. Il dit être de ce « pays où les de généraux pillent les richesses nationales au moment où le peuple crève de faim » Salim a été amené d'écourter ses études dans  son pays natal afin de subvenir aux besoins familiaux en se retrouvant plus tard comme artisan du bâtiment. A son arrivée en France et depuis, il se retrouve dans les mains d'autres moins expérimentés, se tapant souvent tout le boulot mais se retrouvant  toujours avec moins de sou qu'eux... dont il a eu des moments à faire bénéficier de son expérience. Pour la grève même, il indiquera : « Il faut comprendre qu'au bâtiment F nous vivions dans l'esprit d'une vraie famille. Cette grève est une réponse personnelle  à la détresse de mes autres  frères et aux pleurs et peines de mes sœurs et de nos enfants. Les épreuves que nous avons subies ensemble ces dernières années nous ont approchées plus qu'autre chose. C'est pourquoi, pour moi, je ne mets pas en vérité ma vie en danger pour des papiers mais plutôt attirer l'attention de l'Etat et des différentes autorités pour plus d'humanité car je n'ai rien d'autre à offrir comme réponse à cette détresse humaine. Je hurle cette misère pour que ces « hauts de la haut » , ces grands messieurs qui sont au pouvoir prennent leurs responsabilités pour mettre fin à cette dramatique situation qui n'honore pas la France »

Portrait n°5 : Bourahima YAOUDA

« J'étais tôlier et je m'en sortais très bien et n'avais aucunement pensé quitter mon pays pour me retrouver en France ou ailleurs. Mais tout d'un coup, le pays a basculé dans un état de transe surréaliste et de divisions ethnique, géographique, politique… Menacé de mort, j'ai tout lâché pour me retrouver ici. Apparemment, ce pays qui a connu une sérieuse nuisance politique différemment appréciée connaît aujourd'hui une affaire de déchets toxiques comme pour ne pas arranger les choses… Qui n'aime pas son pays ? Est-ce que parce que je serais musulman et que tel autre serait d'une autre religion que nous n'avons pas le droit de vivre, de vivre ensemble ? La France ne devrait-elle pas s'interroger sur sa politique dans notre pays où il ne fait plus bon  vivre à cause de la haine qui a été installée entre compatriotes qui ont toujours vécu ensemble ? Tout ça à cause de la politique politicienne, tout ça à cause de la politique de la France dans notre pays, tout ça à cause de la « Françafrique » Comme tous les autres, j'aspire à une vie normale et demande ma régularisation et celle des autres : les autorités seront responsables de ce qui m'arrivera car m'a vie a été gâché là-bas et elles veulent m'empêcher de vivre ici. Des papiers pour tous ! »

Portrait n° 6 : Ramdane HAMADI

Ramdane était administrateur dans une société d'Etat. Refusant de participer aux « jeux » de magouilles et de vol, il a été mis au placard pour ne pas avoir participé à ces systèmes de concussion et de corruption bien rôdés comme on en voit un peu partout dans les pays sous-développés. Déçu de ces pratiques, où il argue qu' « il ne peut y avoir de corrompus sans corrupteurs », il démissionne et se met à son propre compte mais, pour gagner des marchés, il fallait verser des bakchichs… Finalement, il plaque tout et se retrouve en France attiré qu'il a été par les valeurs de « Liberté », d'  « Egalité » et « Fraternité ». Mais très vite,    il se rendra compte que « la France est en réalité l'original de la situation de photocopie que je pensais m'être départie depuis l'Algérie. Pourquoi, bloquer les régularisation et vouloir nous donner en offrande au patronat ? Pourquoi, les organisations même celles qui se réclament des travailleurs ne voient en nous que des immigrés alors que nous sommes quand même des travailleurs aussi? Est-ce que nous nous sommes plus une composantes du monde du travail ? Doit-on laisser faire pour que après nous, ils s'attaquent aux droits des autres,  français ou pas ? Tout cela cache des choses pas très clair et je me pose beaucoup de questions. Mais rien ne pourra me faire dévier pour la défense de nos droits élémentaires pour les papiers, le logement, l'école,  le travail… Sinon cela signifierait que la barbarie  s'est installée  et a même gagné. Cela signifiera la fin de la civilisation... »